Venez, je vous emmène au CENTQUATRE

par pierre

Voici un lieu qui, en 17 ans d’existence, a su s’imposer comme une destination culturelle majeure à l’échelle de la capitale. Je vous propose aujourd’hui de découvrir Le CENTQUATRE, qui tient son nom tout simplement de son adresse, 104, rue d’Aubervilliers, à Paris XIXe. Venez, je vous emmène !

@bonjourpantin

Le @104paris c’est 35 000 m2 dédiés à la culture sous toutes ses formes dans le 19ème arrondissement. Mais savez-vous à quoi servait ce bâtiment avant son inauguration comme lieu culturel par Bertrand Delanoë en 2008 ? Venez, avec le guide-conférencier Simon Labussière, on vous emmène !

♬ son original Bonjour Pantin et ses voisins

Inauguré en 2008, s’étirant sur plus de 200 mètres de long, Le CENTQUATRE offre sur quelques 35 000 mètres carrés, deux salles de spectacle, 16 plateaux de travail pour des résidences de création, des espaces d’exposition, un incubateur, le tout étant complété par une librairie, un restaurant, une boutique Emmaüs, un camion à pizza, un marché bio chaque samedi, etc. Autant d’activités qui en font un lieu vivant et ouvert à tous les publics.

Ce qui fait aussi sa singularité, vous le voyez peut-être derrière moi, c’est qu’il y a aussi des espaces réservés aux pratiques artistiques libres, suivant un système extrêmement souple, c’est-à-dire que c’est gratuit et sans réservation. Donc quand vous venez, vous pouvez assister à des répétitions de danse, de théâtre, de roller artistique, de hip-hop, d’un peu tout, et c’est aussi ce qui fait le charme des lieux.

Mais c’est certain que quand on regarde cette architecture, qui est une architecture de pierre, de brique, de verre et de métal, il est clair que la fonction originelle des lieux devait être un petit peu différente. Alors remontons au commencement de l’histoire. Même si le passé des lieux n’est pas tellement mis en avant ici, peut-être parce qu’il est susceptible d’en mettre certains mal à l’aise, eh bien la fonction originelle se lit encore, regardez derrière moi, gravée dans la pierre de la façade, Service Municipal des Pompes Funèbres de Paris. Voilà pourquoi cet édifice a été construit en 1874 sous la supervision de Victor Baltard, vous savez l’architecte des Halles de Paris, dans leur première version.

Cela dit, cette inscription gravée dans la pierre ne peut pas être d’origine, dans la mesure où le service des pompes funèbres était à l’origine sous la responsabilité de l’Église. Et c’est seulement après 1905 qu’il bascule dans le giron municipal, suite à la fameuse loi de séparation de l’Église et de l’État.

Alors, surtout, comment fonctionnaient ces lieux ? Ce qui est évident déjà, c’est que l’accès principal se faisait là où je suis, côté rue d’Aubervilliers. Regardez cette belle façade, pierre de taille, refend, volutes, balcon, fronton, à comparer avec l’accès beaucoup moins travaillé que vous avez rue Curial. Donc, clairement, les défunts étaient amenés par ce côté-ci. Qu’est-ce que ça donne une fois qu’on était à l’intérieur ? Eh bien, suivez-moi !

Alors une fois qu’on entrait, on arrivait d’abord ici dans ce qu’on appelle la Halle Aubervilliers et il y avait de part et d’autre deux ateliers tout à fait importants. Ici étaient les ateliers de décoration des cercueils puisque les cercueils arrivaient bruts depuis un entrepôt que le service des Pompes Funèbres possédait en bordure des voies ferrées de la gare de l’Est. Donc c’est ici que les cercueils étaient vernis, capitonnés, décorés, etc.

Et en face, vous aviez ce qui était de loin l’activité la plus féminisée du service, les brodeuses qui réalisaient et décoraient tous les tissus qui allaient orner les cercueils eux-mêmes et puis aussi ce qu’on appelle les catafalques, c’est-à-dire les estrades sur lesquelles on pose les cercueils.

Et ensuite, une fois passée ce qu’on appelle aujourd’hui la Cour de l’Horloge, on arrivait dans ce qui est aujourd’hui la Nef Curial. Vous voyez qu’elle est beaucoup plus imposante. C’est ici qu’étaient abrités les corbillards au rez-de-chaussée. On aperçoit encore ici l’ancienne rampe avec en sous-sol les écuries pour les chevaux, du moins aussi longtemps que les corbillards ont été tirés par des chevaux. Et vous comprenez bien que la présence des chevaux, jusque quand même dans l’entre-deux-guerres, impliquait la présence de tout un tas d’activités connexes, des selliers, des bourreliers, des vétérinaires, des maréchaux ferrants, etc.

Et puis une fois qu’ils étaient prêts, les convois mortuaires ressortaient par ce qui est aujourd’hui l’accès côté rue Curial. Il faut imaginer qu’au plus fort de l’activité, jusqu’à 120 voire 140 convois mortuaires quittaient les lieux chaque jour. Et au plus fort de l’activité, vous aviez jusqu’à 1400 personnes qui travaillaient ici.

Il faut avoir en tête que, jusqu’en 1993, ce n’est pas si ancien, les communes, et pas seulement Paris, avaient le monopole de l’organisation des pompes funèbres. Et depuis la libéralisation de ce service, et bien avec la concurrence du privé, l’activité ici a diminué jusqu’à s’arrêter complètement en 1997.

Inauguration du CENTQUATRE en 2008, donc voyez qu’il a fallu à peine plus de dix ans pour que le lieu retrouve une vocation qui le rend un peu plus, disons, vivant que par le passé.

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