Interview de Bertrand Kern, candidat de la liste Pantin au Cœur aux élections municipales de Pantin

par pierre

Dans le cadre des élections municipales de Pantin, nous avons interviewé les 5 têtes de liste pour en savoir plus sur leur parcours et leur programme. Les interviews ont été réalisées en physique la semaine du 23 février, les questions ont été partagées aux candidat(e)s à l’avance et ils ont eu un droit de relecture.

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1. Parcours et engagement politique

Bonjour Pantin et ses voisins : Pourquoi vous être engagé en politique dans les années 1980 ? Quelle est votre histoire avec Pantin ? Depuis votre première élection au conseil municipal en 1989, comment avez-vous vu la ville changer ?

Bertrand Kern : Je me suis engagé en politique en 1983 au Parti socialiste et j’en suis toujours membre aujourd’hui. Je m’y suis engagé parce que je pensais – et je pense toujours – que la politique peut changer concrètement la vie des gens. J’ai toujours été un homme très attaché au concret. Le parti socialiste portait une promesse forte : celle de réformes profondes pour plus de justice et de dignité. Il ne faut pas oublier que 1981, c’est la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, l’augmentation du SMIC, les radios libres ou l’abolition de la peine de mort.

Mon histoire avec Pantin a commencé en 1986. Avec trois potes étudiants, on louait un appartement au 54 rue Denis Papin, aux Quatre Chemins. On s’était regroupés pour pouvoir se payer chacun une chambre. J’ai tout de suite aimé cette ville. Quand je suis devenu l’assistant parlementaire de Claude Bartolone deux ans plus tard, je suis venu m’installer à Pantin parce que je pensais que c’était la ville la plus intéressante de la circonscription. Je ne me suis pas trompé.

Depuis 1989, la ville a énormément changé. À l’époque, Pantin perdait ses emplois : Motobécane, La Manufacture des tabacs et des allumettes fermaient. C’était plusieurs milliers d’emplois en moins. Le quartier des Quatre Chemins commençait à plonger dans l’habitat indigne. Aujourd’hui, on a retrouvé de la vitalité économique avec Hermès, Chanel, BNP Paribas ou BETC. La ville est d’un formidable dynamisme. On a peut-être un quartier où c’est un peu plus compliqué, les Quatre Chemins, mais on y arrivera.

Bonjour Pantin et ses voisins : Dans un contexte de défiance et de polarisation, quel est le rôle d’un maire selon vous ?

Bertrand Kern : Le maire est le dernier élu qui renvoie une image positive. Être maire, c’est être le maire de tous les Pantinois, même de celui qui vous déteste ou ne vote pas pour vous. Vous devez l’écouter et essayer de régler son problème si sa demande est légitime.

C’est aussi un rôle de bouclier. Si l’extrême droite arrive au pouvoir, des territoires comme la Seine-Saint-Denis vont beaucoup souffrir. Il faudra alors une municipalité « rempart » avec ses services publics et sa solidarité pour que la ville reste humaine et bienveillante. Le maire doit être un rassembleur, pas un politicien d’appareil, mais un serviteur des habitants.

Bonjour Pantin et ses voisins : Vous aviez annoncé passer la main, finalement vous vous représentez. Pourquoi ce changement de pied ? Cette guerre fratricide n’altère-t-elle pas les chances de victoire de la gauche ?

Bertrand Kern : Pantin vote au moins à 75 % à gauche, donc je ne pense pas qu’il y ait un danger de droite. Quant à ma candidature, je revendique le droit à l’erreur : je me suis trompé. Je pensais que je serais fatigué, mais je suis encore passionné par cette ville. Je lui donne tout, à 100 %. Je n’ai d’ailleurs plus d’autre métier ni d’autre mandat.

Je pensais aussi qu’une succession pourrait émerger dans la même veine que les politiques que nous menons. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Je ne suis pas sûr que les alternatives actuelles soient crédibles pour poursuivre le travail engagé. Certains prennent ce qui les arrange dans le bilan sans rien assumer des points moins positifs, alors qu’ils y ont participé sans jamais exprimer de divergence. Quand on se présente devant les électeurs, il faut tout assumer. Par ailleurs,  je n’ai jamais envisagé Pantin comme un marche-pied vers d’autres responsabilités. 

Les deux tiers de la majorité municipale se sont rassemblés derrière moi car ils souhaitent cette continuité. Pantin au coeur, la liste que j’ai l’honneur de conduire, c’est aussi de très nombreux citoyens et de nombreuses sensibilités de gauche : des femmes et des hommes de toutes les générations, des socialistes, le parti des Écologistes, Générations engagées, Place publique, la Gauche Républicaine et Socialiste, le PRG et le Parti animaliste. 


2. Logement et inégalité

Bonjour Pantin et ses voisins : Comment rééquilibrer Pantin face à un développement à plusieurs vitesses ?

Bertrand Kern : Je suis en désaccord avec ce constat car je pense que la dynamique est au rééquilibrage. Certes, les Courtillières restent géographiquement à l’écart, mais nous avons largement travaillé à réduire cette fracture. Les Courtillières c’est aujourd’hui un centre culturel neuf, des logements sociaux rénovés dans les années 2010, et un nouveau quartier en accession libre et modérée à la propriété, Les Pantinoises. Reste le commerce qu’il nous faudra continuer à développer. Il nous faudra aussi poursuivre le renforcement du lien avec ce quartier : cela passe par la future ligne de bus 243 qui va relier tous les quartiers de Pantin, du Nord au Sud. Aux Quatre Chemins, c’est l’écoquartier qui va être le trait d’union avec Pantin Centre et apporter plus de modernité : un parc de 4 hectares, de nouveaux logements, une nouvelle maternelle pour Baker et une école Lolive-Vaillant rénovée. Pour éviter une gentrification excessive, nous imposons 33 % de logements sociaux dans toute construction nouvelle, et nous monterons à 40 % dans les grandes opérations. 

Bonjour Pantin et ses voisins : Que proposez-vous pour endiguer la flambée des prix et faire respecter l’encadrement des loyers ?

Bertrand Kern : Je suis pour l’encadrement des loyers, je l’ai voté à Est Ensemble. Il faut modérer l’augmentation. Mais la clé, c’est de construire. Si toutes les villes d’Île-de-France avaient autant construit que nous, la crise du logement serait derrière nous. On a fait 700 logements sociaux sur ce mandat. Il faut équilibrer : faire du social là où il y a de l’accession, et de l’accession là où il n’y a que du social, comme aux Courtillières avec le programme des Pantinoises. On utilise aussi le Bail Réel Solidaire (BRS) pour proposer des prix entre 4 000 et 4 500 euros le mètre carré et permettre un vrai parcours résidentiel à des personnes qui n’ont pas les moyens d’acheter aux prix du marché.

Bonjour Pantin et ses voisins : Vous revendiquez 40 % de logements sociaux, pourtant plus de 7 000 personnes attendent. Comment résoudre ce problème ?

Bertrand Kern : Il y a exactement 7 311 demandeurs. Mais attention : 3 000 viennent de l’extérieur, ce qui prouve l’attractivité de Pantin. Sur les 4 300 demandeurs pantinois, 1 300 sont déjà dans le parc social et souhaitent une mutation. Certains proposent l’anonymisation des demandes, mais je ne pense pas que cela va améliorer la situation : aujourd’hui, 95 % des attributions du quota communal vont à des Pantinois. Avec l’anonymisation, ce chiffre baisserait fortement. Je préfère la transparence avec un système de cotation basé sur l’ancienneté, les ressources et l’urgence, notamment pour les femmes victimes de violences.

Bonjour Pantin et ses voisins : Pantin est-elle toujours une ville populaire aujourd’hui ?

Bertrand Kern : C’est indéniable. Avec 40 % de logements sociaux et un revenu moyen en dessous de la moyenne nationale, elle reste populaire. 

Dans le parc social dont nous venons de parler, nous accueillons beaucoup de Pantinoises et Pantinois aux revenus modestes voire très modestes. A l’échelle de la ville, c’est tout de même près de 10 000 logements, dont 35% sont des logements PLAI (logements très sociaux) dont les loyers sont autour de 7€/m2 quand les loyers en locatif libre dépassent les 18€/m².  

La raison d’être de mon projet politique est de protéger l’ADN populaire de la ville, et sa mixité sociale. Nous allons construire 1 000 nouveaux logements sociaux dans le prochain mandat. Nous allons poursuivre la création de services publics à des tarifs équitables et toujours plus progressifs. Nous allons créer un second centre d’hébergement solidaire municipal, pour les familles à la rue et les femmes victimes de violences. On se substitue parfois à l’État, comme pour le relogement des familles expulsées des squats d’Al Zol ou de la Trotteuse, parce que nous ne pouvons pas nous résoudre à laisser des personnes dormir à la rue. 


3. Sécurité

Bonjour Pantin et ses voisins : Qu’est-ce que vous proposez pour la sécurité, notamment aux Quatre Chemins ?

Bertrand Kern : J’ai créé la police municipale, la vidéoprotection et le service de médiation. Mais l’État est défaillant : le commissariat a perdu 25 fonctionnaires alors que la ville a grandi. Nous allons donc recruter 5 policiers municipaux chaque année pour passer de 28 à 60 agents d’ici la fin du mandat. Cela nous permettra d’ouvrir une antenne aux Quatre Chemins (dans l’ancien Météore) dès maintenant, puis une à Hoche, et enfin de créer une brigade de nuit.

Bonjour Pantin et ses voisins : Comment lutter contre la vente de cigarettes de contrebande ?

Bertrand Kern : La police municipale n’a pas le pouvoir de mettre en garde à vue, c’est le rôle de la police nationale. Le problème est judiciaire : sur 190 interpellations l’an dernier, 189 personnes ont été relâchées par le procureur. Nous avons donc mis en place un GLTD (Groupement local de traitement de la délinquance) pour coordonner les services et démanteler les filières qui viennent souvent de l’étranger. La solution reste la présence quotidienne : avec une annexe de police à 10 mètres du métro, ils seront présents toute la journée.

Bonjour Pantin et ses voisins : Votre adversaire, Geoffrey Carvalhinho, propose d’armer la police municipale. Est-ce une piste à explorer ?

Bertrand Kern : Je ne le souhaite pas. La police municipale doit rester une police de proximité, l’amie de la population. Ils ont déjà des tasers et des flashballs, qui sont des armes de défense suffisantes pour leurs missions dans l’espace public ou dans les immeubles insalubres.


4. Transition écologique et aménagement

Bonjour Pantin et ses voisins : Vous avez prévu 10 nouveaux espaces verts. Une végétalisation de la place de la Pointe est-elle prévue ?

Bertrand Kern : Oui, nous avons identifié les sites : un bois urbain à l’îlot 27, des espaces à Jacques Brel ou à la ZAC du Port. Sur la place de la Pointe, c’était un choix délibéré d’en faire une place dégagée pour accueillir de grands événements comme le 14 juillet (8 000 personnes). On peut l’arborer un peu plus, mais il faut garder cet espace pour les fêtes populaires et le kilomètre de danse. Par ailleurs, nous avons fait le choix d’implanter deux nouveaux espaces verts à quelques mètres de cette place : le Chemin des Dunes, ouvert en 2025 et à venir dans notre programme, le Jardin de l’Est au bout de la rue de l’Ancien Canal. 

Bonjour Pantin et ses voisins : Vous promettez de nouvelles zones de baignade urbaines. Où se situeront-elles ?

Bertrand Kern : Elles seront gratuites et s’adresseront à ceux qui ne partent pas en vacances. Une zone sera créée dans le canal de l’Ourcq, au niveau des Magasins Généraux, là où c’est assez large pour laisser passer les péniches. Une autre sera située aux Courtillières, après une étude d’ensoleillement et une concertation avec le futur « Parlement du quartier ».

Bonjour Pantin et ses voisins : Où en est la rénovation énergétique des bâtiments publics ?

Bertrand Kern : On a fait beaucoup de neuf, maintenant on se concentre sur l’existant. On a audité nos bâtiments et on s’attaque aux plus énergivores, comme l’école Marcel Cachin qu’on vient de rénover. On a investi 16 millions d’euros pour stabiliser les sols de Langevin et Méhul. Les prochains chantiers prioritaires sont l’école Lolive Vaillant, le gymnase Baquet ou encore l’école Joliot-Curie. Nos antennes jeunesse, la salle André Breton et nos maisons de quartier qui en ont le plus besoin seront également rénovées. 


5. Politique culturelle et inclusion

Bonjour Pantin et ses voisins : Comment garantir une vie culturelle malgré la baisse des subventions nationales ?

Bertrand Kern : Contrairement à d’autres collectivités qui ont sabré leur budget de 60 %, Pantin a maintenu toutes ses subventions aux associations et son budget pour la saison culturelle. On a même rendu l’abonnement gratuit pour proposer des places à 7 ou 10 euros. Nous allons rénover entièrement le théâtre au fil de l’eau pour en faire un cœur battant de la culture.

Bonjour Pantin et ses voisins : Quel est votre projet pour le Théâtre des Loges et le Ventre de la baleine ?

Bertrand Kern : Il faut rétablir la vérité. Je ne veux pas opposer nature et culture, mais le quartier des Sept-Arpents a besoin d’espaces verts. Le projet prévoit donc un parc sur le site du Théâtre des Loges. Nous avons proposé deux fois à la troupe de se relocaliser, même sur site, ils ont refusé. Pour le Ventre de la baleine, on discute avec l’association qui accepte le dialogue. L’enjeu, ce sont aussi les 13 millions d’euros de l’ANRU qui financent ce parc et l’ensemble de la rénovation urbaine environnante. Ce n’est pas un projet immobilier, c’est un projet pour les habitants.

Bonjour Pantin et ses voisins : Vous proposez une « Carte Culture » et un festival des arts de la rue ?

Bertrand Kern : La Carte Culture arrivera très vite pour unifier l’offre entre les lieux publics et privés. Le festival des arts de la rue demande plus de travail mais l’idée est de mettre des œuvres monumentales dans l’espace public, avec le soutien du futur CNAP qui ouvrira fin 2026.

Bonjour Pantin et ses voisins : Comment améliorer l’accès aux crèches et à l’école ?

Bertrand Kern : On va racheter deux crèches départementales en 2026 pour atteindre 50 % de taux d’accueil en 2027, avec un objectif de 60 % à terme. À l’école, on instaurera la cantine 100 % bio et circuit court avec des cuisines centrales et des chefs cuisiniers. On mettra aussi une ATSEM par classe en petite et moyenne section et on créera un portail pour que les directeurs et les RPE puissent suivre leurs demandes de travaux en temps réel. On a construit deux écoles au cours du mandat qui s’achève, on en construira deux nouvelles dans les prochaines années. Enfin, on va refondre le quotient familial pour le rendre encore plus progressif et pour donner autant de parts aux familles monoparentales qu’aux couples.


6. Démocratie et gouvernance

Bonjour Pantin et ses voisins : Vos adversaires critiquent votre gestion. Que répondez-vous sur les « cinq mois sans conseil municipal » ?

Bertrand Kern : C’est une critique sans intérêt. Nous n’avons pas voté le budget en décembre pour une raison purement démocratique : c’est à la nouvelle équipe issue des urnes en mars de décider du budget en avril. Je ne voulais pas engager les finances de la ville sur l’année avant l’élection.

Bonjour Pantin et ses voisins : Quelles sont vos propositions pour plus de proximité ?

Bertrand Kern : On va créer le « Parlement de Pantin », divisé par quartiers. On y consultera systématiquement les habitants, les associations et les clubs sur tous les projets qui les concernent. Sur les dossiers régionaux, j’engagerai un bras de fer avec Valérie Pécresse pour le lycée Marcelin-Berthelot : je propose de construire un lycée neuf dans l’écoquartier, sur un terrain appartenant à la ville.

Bonjour Pantin et ses voisins : Un mot pour finir ?

Bertrand Kern : Notre projet, c’est de « prendre soin » de Pantin et de ses habitants, des jeunes aux seniors. On a une chance formidable de vivre dans une ville avec un tel ADN solidaire. Pantin n’appartient à personne, elle appartient à tous les Pantinois. C’est le sens de mon engagement.

Interview réalisé à La halle sportive Rebecca-Cheptegei.

Pour aller plus loin :
Comptes Instagram : Bertrand KernPantin au Coeur

Note : votre serviteur a oublié de prendre en photo M. Bertrand Kern pendant l’interview vidéo et écrit réalisée le jeudi 26 février, j’ai donc demandé à son équipe de campagne de me fournir des photos.

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