À Saint-Denis, le musée d’art et d’histoire Paul-Éluard fait dialoguer la foi et la médecine

par pierre

Au musée d’art et d’histoire Paul-Éluard, l’exposition « Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal » propose une promenade entre science et croyance, du Moyen Âge à nos jours. On y croise des cires anatomiques, des eaux miraculeuses et les œuvres d’une dizaine d’artistes contemporains. Tous racontent comment on se soigne à la fois par le corps et par l’esprit. Valérie Perlès, directrice du musée, nous la fait visiter.

Cette vidéo est issue de la visite filmée de l’exposition disponible ci-dessous ⬇️

Tout est parti d’un trésor des collections permanentes : l’apothicairerie de l’ancien hôtel-Dieu de Saint-Denis. Ses 285 pièces sont présentées dans leurs boiseries d’origine et forment l’un des plus beaux ensembles de céramiques pharmaceutiques de France. Le musée a choisi de partir de ce lieu, car « un hôtel-Dieu, c’était le lieu où on prenait en charge à la fois le corps des malades, mais aussi leur esprit », explique Valérie Perlès.

La directrice décrit l’exposition comme une « déambulation » entre deux mondes que l’on oppose souvent. Elle s’intéresse à ce qui les relie, à leurs « perméabilités » et à leurs « voisinages ». Pour elle, « un parcours thérapeutique, c’est à la fois des croyances qui nous animent profondément, et puis l’intervention des médecins et des sachants ».

Des retables pour la science

La photographe Sophie Zénon illustre bien ce mélange avec Corps à vif. L’œuvre prend la forme de retables, ces meubles religieux d’église qui s’ouvrent et se ferment. L’artiste y rapproche deux types d’images : des masques de cire anatomique, qui servaient autrefois à transmettre la connaissance du corps humain, et des planches d’anatomie. La directrice y voit « un très bel objet » où se rencontrent la sphère du religieux et celle de la science.

Quand l’anatomie devient un art

Une autre salle montre comment on a représenté le corps humain au fil des découvertes scientifiques. On y voit le De humani corporis fabrica d’André Vésale, l’un des premiers anatomistes à avoir pratiqué la dissection. Son écorché pose devant un paysage toscan. La science s’y présente avec une esthétique du morbide et du cabinet de curiosités, parfois même avec des images « assez érotisées ».

Les cires anatomiques de Laumonier vont dans le même sens. Elles servaient à former les étudiants en médecine, mais des amateurs de curiosités les collectionnaient aussi. Une tête d’écorché impressionne particulièrement : on y voit les vaisseaux sanguins et les muscles, la pose est théâtrale et un drapé est soigneusement noué autour du cou. « On voit bien qu’on n’est pas simplement dans l’outil didactique pour enseigner l’anatomie, mais plus sur un objet d’art », souligne Valérie Perlès.

Eaux miraculeuses dans les cellules des carmélites

Le musée occupe un ancien carmel du 17e siècle, et le parcours passe par les cellules des religieuses. C’est « l’endroit le plus sacré du musée », celui où les carmélites se retiraient pour prier. Cette partie traite des pèlerinages et des eaux miraculeuses. On y découvre La Pharmacie bretonne de Daniel Spoerri. L’artiste a fait le tour des fontaines miraculeuses de Bretagne, a mis leur eau en flacons de verre et les a rangés dans un meuble en bois, avec un ordre presque pharmaceutique. C’est, selon la directrice, « une manière finalement d’introduire de la rationalité dans le magico-religieux et dans le spirituel ».

Cette installation conclut une partie consacrée à une idée simple : chaque parcours de soin est différent. On y combine la médecine moderne avec des pratiques spirituelles ou populaires.

Des mots qui soignent

Cette partie se termine sur une note douce, avec une installation des Souffleurs commandos poétiques. Ils se sont inspirés des Sentences des carmélites et proposent des cartouches qui contiennent « des mots d’amour, des mots qui réparent, des mots qui font du bien ». Pour l’équipe du musée, c’est une façon de rappeler un enjeu bien actuel de la médecine : écouter la parole du malade et tenir compte de ses besoins.

Se soigner à Saint-Denis aujourd’hui

L’exposition donne aussi la parole aux habitants. Le photographe Olivier Pasquiers et l’ethnologue Mathieu Soulignac ont rencontré des Dionysiens qui se soignent avec les plantes. Leurs portraits évoquent des recettes familiales, des gestes transmis et des souvenirs d’enfance. Dans la cour de l’ancienne chapelle, un nouveau jardin de simples, c’est-à-dire de plantes médicinales, prolonge la visite.

Les familles ne sont pas oubliées. Les cartels sont placés à hauteur d’enfant et l’on peut reconnaître des plantes à leur odeur. On peut aussi accrocher un vœu à un arbre ou jouer à un « Qui est-ce ? » des saints guérisseurs.


INFOS PRATIQUES
Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal, jusqu’en janvier 2027.
Musée d’art et d’histoire Paul-Éluard, 22 bis rue Gabriel-Péri, Saint-Denis (métro 13 ou tram T8, arrêt Porte de Paris).
Ouvert du mardi au dimanche, avec une nocturne jusqu’à 20 h le dernier jeudi du mois.
Entrée : 5 € en plein tarif, 3 € en tarif réduit. Gratuit pour les moins de 26 ans et pour tous le premier dimanche du mois.
Plus d’infos sur musee-saint-denis.com ou au 01 83 72 24 57.

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