Venez je vous emmène… à la Manufacture des tabacs de Pantin

par pierre

Au 140 de l’avenue Jean Lolive se dresse une maison bourgeoise qui accueille aujourd’hui les bureaux de Seine-Saint-Denis Tourisme. Mais on ne sait pas toujours qu’elle est l’un des rares vestiges de ce qui fut l’une des plus importantes usines pantinoises : la Manufacture des tabacs.

Venez, je vous emmène !

L’activité démarre en 1877. Eh oui, la perte récente de l’Alsace-Moselle et donc des manufactures de Metz et de Strasbourg va justifier sa mise en service, qui va impulser le développement urbain de ce secteur de Pantin jusque-là relativement rural.

La manufacture emploie plus de 700 personnes dès la fin du XIXᵉ siècle, un bon millier à la veille de la Première Guerre mondiale, et essentiellement des femmes, comme dans toutes les manufactures de tabac. Elles étaient considérées comme plus agiles, plus soigneuses pour ce travail de précision, et en plus, avantage annexe, on pouvait se permettre de les payer beaucoup moins que les hommes.

Mais la fin du monopole de fabrication du tabac de la Seita en 1976 va entraîner une forte restructuration du secteur et la fermeture de la majorité des manufactures historiques. Les trois franciliennes ne sont pas épargnées : celle de Reuilly à Paris 12ᵉ ferme dès 1969, celle d’Issy-les-Moulineaux en 1978 et celle de Pantin ici même en 1982. La forte mobilisation des ouvriers, incluant l’occupation de l’usine, n’y changera rien.

Ça va être reconverti en lieu de tournage, notamment pour des films assez connus comme Delicatessen ou encore Nikita. Et puis tout ça sera détruit en 1992 pour faire place à une opération de bureaux signée Paul Chemetov.

Alors, qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Eh bien essentiellement le pavillon de l’ingénieur, entouré de ce parc qui était à l’origine son jardin privatif, et également le bâtiment de confection des cigarettes qui date de la fin des années 1950 et qui donne sur la rue Courtois. Les plus observateurs noteront que l’arrêt de bus juste à côté s’appelle encore aujourd’hui « Manufacture des Tabacs ». Quant à la petite rue au sud, percée au moment de la construction de l’usine, elle a été baptisée Jean Nicot, en référence à l’homme considéré comme l’importateur du tabac en France au XVIᵉ siècle et qui a laissé son nom, bien sûr, à la nicotine.

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