Vendredi 23 octobre, le collectif francilien de nage en eau libre organise une grande rencontre publique à Paris pour faire le bilan d’une saison historique et peser sur l’avenir des cours d’eau urbains. Une démarche portée par des pratiquants réguliers, à l’image de Christelle, rencontrée cet été au bord du canal.
Sur les quais du canal de l’Ourcq, fin août, nous avions rencontré Christelle. Installée à Pantin depuis six ans, cette ancienne nageuse de compétition avait délaissé les bassins en entrant dans la vie active et en arrivant en région parisienne. C’est la course Nage ton canal qui a tout relancé, il y a trois ans :
« Ça a été une vraie révélation de pouvoir me baigner à cinq minutes de chez moi, dans un cadre naturel même si urbain. J’ai adoré l’expérience et j’ai tout de suite cherché à recommencer. »
En rejoignant dans la foulée le collectif des Ourcq polaires, elle a fait du cours d’eau son terrain d’entraînement hebdomadaire, été comme hiver. Un engagement citoyen et sportif qui fait écho à une actualité : le 23 octobre à 18h, l’association investit l’Académie du Climat (Paris 4e) pour son tout premier grand événement public.
Dresser le bilan d’un été charnière et regarder vers 2027
Intitulée « Un été de baignades urbaines en Île-de-France : bilan et perspectives pour 2027 », la soirée réunira acteurs associatifs, spécialistes de la discipline, citoyens et représentants institutionnels (Ville de Paris, Est Ensemble). Moment fort annoncé du programme : la signature de la charte internationale Swimmable Cities par Mohamed Gnabaly, maire de L’Île-Saint-Denis, faisant de sa commune l’une des pionnières en France à s’engager officiellement pour la reconquête et l’ouverture des cours d’eau urbains.
Sur les berges, l’été a déjà marqué une bascule nette des mentalités, dopée par l’effet d’entraînement des Jeux Olympiques et plusieurs vagues de forte chaleur :
« Cette année, ça a complètement débloqué quelque chose, constate Christelle. Avant, c’était surtout des habitués ou quelques jeunes. Là, on a vu arriver des familles, des enfants avec des brassards, des voisins. On retrouvait les mêmes têtes d’un soir à l’autre, c’est devenu un vrai lieu de sociabilité de quartier face à la chaleur. Des gens qui disaient « moi jamais » étaient les premiers à vouloir y retourner le lendemain. »
1923-2026 : l’impasse d’une interdiction centenaire
Si la demande explose, les créneaux officiels restent limités. Les bassins estivaux temporaires, comme celui installé cet été à Pantin, imposent des coûts très lourds aux collectivités, notamment pour indemniser l’interruption du trafic des péniches et assurer la surveillance par les maîtres-nageurs.

Surtout, la pratique libre reste coincée sous le coup d’un arrêté préfectoral datant de 1923 interdisant formellement la baignade, sous peine d’amende. Un décalage flagrant avec la réalité du terrain :
« On est dans un entre-deux juridique un peu flou : c’est interdit, mais largement toléré, résume la nageuse. Quand les forces de l’ordre nous demandent de sortir, on sort, on ne revendique aucun passe-droit. Mais l’interdiction n’empêche personne de se mettre à l’eau. »
Pour les Ourcq polaires, la solution passe par une évolution du cadre réglementaire inspirée de pays voisins comme la Suisse ou le Danemark : responsabiliser les usagers, organiser la cohabitation avec la navigation commerciale et installer des infrastructures légères. À commencer par des échelles permanentes sur les quais, notamment vers la place de la Pointe, pour permettre aux baigneurs de remonter facilement et éviter les accidents.
Une pratique maitrisée qui a ses règles d’or
Face au vide réglementaire, le collectif a formalisé un protocole strict via une charte et son « Guide du premier Plouf ». En plus de 3 000 baignades collectives recensées depuis 2017, aucun problème sanitaire ni incident grave n’est à déplorer, grâce à une discipline partagée :
- Bouée de sécurité obligatoire : fluo et fixée à la taille, elle assure la visibilité auprès des embarcations et offre un point de repos en cas de coup de fatigue.
- Mise à l’eau progressive : interdiction formelle de plonger, le fond du canal restant trouble et susceptible d’abriter des obstacles.
- Nage près des berges : pas de traversée du chenal, et toujours une surveillance mutuelle entre nageurs et observateurs restés sur le quai.
- Lecture du milieu : observation des courants et suspension immédiate des sorties après les gros orages qui saturent les réseaux d’évacuation.

Avec l’automne qui s’installe, les Ourcq polaires s’apprêtent désormais à basculer vers leur période fétiche : la nage en eau froide (sous les 10°C) et en eau glacée (sous les 5°C). Une pratique extrême mais encadrée (avis médical préalable, limite stricte d’une minute d’immersion par degré et rhabillage chaud en moins de cinq minutes montre en main) qui culminera à la mi-décembre avec la nouvelle édition de la mythique Coupe de Noël.
Rendez-vous le 23 octobre
- Événement : Un été de baignades urbaines en Île-de-France : bilan et perspectives pour 2027
- Date & heure : Vendredi 23 octobre à 18h
- Lieu : Académie du Climat, 2 place Baudoyer, Paris 4e
- Inscriptions : Formulaire en ligne Framaforms
- Échanger avec le collectif : Groupe Facebook Les Ourcq Polaires
