La Seine-Saint-Denis lance « Populaire. », une série de spectacles en réponse au « rouleau compresseur identitaire »

par pierre

Ce lundi 21 septembre, le Département de la Seine-Saint-Denis a dévoilé « Populaire. Toutes nos histoires », une série de spectacles vivants gratuits et en plein air, coproduits avec la MC93 de Bobigny et écrits avec des historiens. Basilique de Saint-Denis, stade Bauer à Saint-Ouen, parc Georges-Valbon à La Courneuve : les trois premières créations sont annoncées pour 2027.

👉 Abonnez-vous à notre compte Instagram @bonjourpantin pour voir la Seine-Saint-Denis sous un autre angle !

Le lancement s’est tenu à Pulse, l’ancien siège du comité d’organisation des Jeux olympiques, qui abrite aujourd’hui les services du Département. Une adresse choisie par Stéphane Troussel, président PS du Conseil départemental, pour qui le projet prolonge l’héritage de l’été 2024 : « Nous avions fait part de notre colère » que la cérémonie d’ouverture n’ait pas eu lieu en Seine-Saint-Denis, a-t-il rappelé, avant de saluer « la fierté de voir cette magnifique cérémonie qui disait la diversité ».

La journaliste Nesrine Slaoui, qui animait la soirée, a posé le cadre politique du projet : « Populaire, c’est le contraire de populiste, c’est l’idée d’une histoire généreuse, ouverte, racontée autrement, non pas par le haut, mais au travers d’autres histoires qui ont été cachées. » Et de préciser, en écho aux comparaisons déjà entendues avec le Puy du Fou : « Ce n’est pas de la reconstitution, ce n’est pas de la propagande, c’est du théâtre gratuit et politique. »

Stéphane Troussel a assumé la portée politique du projet, le présentant comme une réponse au « rouleau compresseur identitaire qui tente de falsifier les faits pour attiser les peurs » : « Nous choisissons non pas de répliquer, mais de riposter. Avec Populaire, nous ouvrons un nouveau front dans la bataille culturelle. » Il a rappelé que le budget culture du Département « ne baisse jamais » et atteint « plus de 20 millions d’euros par an ».

Le projet s’appuie sur deux historiens associés dès sa conception, Patrick Boucheron et Guillaume Mazeau. Le premier a défendu un théâtre historique qui parle « du même ton des rois et du peuple », citant Marc Bloch : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. » Guillaume Mazeau a insisté sur le refus d’une histoire édifiante : « On ne remplace pas des fables par d’autres fables. On n’étouffera pas les dissonances : nous en ferons la matière vivante de la dramaturgie de nos spectacles. »

Hortense Archambault, directrice de la MC93, a détaillé la méthode de fabrication, née d’une question posée collectivement par Troussel : « Qu’est-ce que ce serait, un spectacle historique ? » Les historiens proposent des thématiques à partir des lieux du territoire et restent associés jusqu’à la création, dans une dimension collective qu’elle présente comme « notre meilleure garantie contre toute tentation purement militante ».

Trois créations ont été annoncées. Basilique, quand le peuple devient roi (mai 2027, parvis de la basilique de Saint-Denis), écrit par Damien Gabriac et Guillaume Mazeau et mis en scène par Claire Lasne Darcueil, racontera l’épisode méconnu de 1793 où la Convention ordonne l’exhumation des tombeaux royaux, un moment où des ouvriers dionysiens se couronnèrent brièvement des reliques royales. Tribune, une histoire populaire du sport (juin 2027, stade Bauer à Saint-Ouen), écrit et mis en scène par Mohamed El Khatib, retracera la dimension sociale du sport dans le département, de Jules Rimet à Kylian Mbappé, « enfant de Bondy ». Babel France, chant de lutte et d’exil (juillet 2027, parc Georges-Valbon à La Courneuve), coécrit par Damien Gabriac et Marine Bachelot Nguyen avec l’historienne Marianne Amar, racontera en chansons l’histoire des migrations en Seine-Saint-Denis de 1945 à la fin des années 1980.

Vous aimerez aussi